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  • : Radiologue en région messine, je réalise des dessins humoristiques sur le monde médical et paramédical. Vous les trouverez classés par rubriques. Ils servent entre autres à l'illustration d'un site d'expression médicale tous les week-end (Exmed.org). D'autres pages vous présenteront une galerie de mes peintures,acryliques et aquarelles,Bonne visite !
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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 14:21

La langue d’Esope, mensonges, quiproquos et incompréhensions en médecine.

 

 

L’anecdote est vraie, j’en ai même fait une caricature. Un beau jour, une de mes manipulatrices sort en pouffant de rire de la salle d’examen. A la question, systématique, « avez –vous des antécédents de cancer ? », qu’elle avait posée, la dame un peu sourde, venue pour divers examens répond le plus sérieusement du monde : »Non non, je suis ascendant scorpion, avec la lune dans le premier décan ! » La radiologie, parfois, c’est surréaliste. Esope prétendait que la langue est ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire. Cela dépend de ce qu’on en fait. Pas d’Esope, mais de la langue. Elle sert à nous comprendre mutuellement, à nous méprendre, à annoncer des vérités, à mentir aussi.

Comment savoir si le malade ne ment pas, en prétendant vouloir connaître la vérité ? La plupart du temps, le médecin, sans mentir réellement, travestit la réalité, souvent dans le but de protéger son malade du traumatisme d’un diagnostic trop grave. Ou bien parce qu’il juge son malade peu apte à comprendre des explications trop compliquées. Mais ne serait-ce pas pour se protéger lui-même de questions embarrassantes, et pour ne pas être acculé par le malade à l’avouer, cette terrible vérité, que lui-même, par peur et par maladresse, ne sait communiquer ?

Le « mensonge » revêt plusieurs formes, il s’agit pour la plupart d’un mensonge par simple omission, ou bien de l’utilisation de circonvolutions et euphémismes pour éviter une vérité trop crue, et trop cruelle. L’utilisation du placebo constitue aussi un mensonge thérapeutique...

Le mensonge par omission, le plus fréquent en consultation, concerne autant le médecin que le malade, qui a également parfois intérêt à mentir. Actuellement, avec l’avènement de la vulgarisation médicale dans les médias, et aussi celui de l’internet, il devient assez compliqué de berner grossièrement le patient, qui revendique d’ailleurs ouvertement le droit au savoir. Le malade moderne est aussi loin du malade imaginaire de Molière que le médecin moderne du Dr Knock. La pédanterie et le paternalisme du médecin ont bien cédé du terrain parallèlement à la prise d’autonomie du malade. Il est de moins en moins vrai de prétendre que le médecin mentira sciemment dans le but d’apeurer son patient et d’obtenir sa compliance aux traitements qu’il veut lui imposer. De nos jours, le malade est bien trop malin pour cela… Justement, et le malade dans tout cela ? Lorsqu’il assure vouloir connaître le verdict médical, dit-il la vérité ? Et lorsqu’il ne réclame rien, cela veut-il dire forcément qu’il ne veut pas savoir ? Le malade aussi ment, dans le but de provoquer certaines réponses chez le médecin, ou bien pour lui cacher un traitement mal conduit ou une auto-médication, ou bien la consultation chez un autre confrère, quand ce n’est pas pour dissimuler des consultations auprès de thérapeutes  plus ou moins doux, à la mode, et qui ne sortent pas vraiment de la faculté de médecine... On voit à quel point la relation médecin-malade peut être complexe entre les dits et les non-dits, les interprétations du comportement du malade par le médecin et les interprétations du discours médical par le malade. On ne peut passer sous silence non plus les facteurs émotionnels et affectifs qui conduisent à un dialogue qui ne sera pas le même d’un  patient à l’autre, qui différera selon le contexte, et selon la complicité entre médecin et patient.  Et d’ailleurs, cette connivence, cette complicité, ne sera pas établie de la même façon selon la gravité même de la pathologie. La perspective de la mort peut amener le patient à inciter le praticien au mensonge ; l’échec thérapeutique lui, peut amener le médecin à masquer son sentiment d’impuissance et ses incertitudes par un travestissement ou une dissimulation de la vérité. Lui aussi n’est qu’un humain après tout, mû par des facteurs autant rationnels qu’affectifs. Le malade se ment parfois à lui-même d’ailleurs, et ce en dépit d’un discours médical structuré. Lors d’une annonce de pathologie très grave, après une longue explication qu’on a voulue complète, détaillée, « loyale, claire et appropriée », selon l’article 35 du code de la santé publique, combien de fois n’a-t on pas entendu le malade s’exclamer : »ah, bon, mais ce n’est pas un cancer, quand-même ! », alors que c’est justement cela qu’on voulait faire comprendre, et cela qu’au fond de lui le malade a fort bien compris…

Ce jeu de vérité-mensonge peut très bien évoluer dans le temps, au fil des consultations, selon l’évolution même de la maladie ou de la guérison.

 

 Le problème devient encore plus délicat lors de la consultation d’un patient étranger, qui ne comprend pas toutes les subtilités linguistiques et dont la culture  et/ou la religion lui font entrevoir la maladie et la mort de façon très différente. On  ne dispose pas toujours d’un interprète sous la main….Là aussi, il faudra beaucoup de patience au praticien pour aborder cette personne peut-être plus fragile encore avec toute l’humanité et le doigté qui conviennent.

La communication ne peut être saine, claire et adaptée que si la consultation laisse le temps aux deux protagonistes, malade et médecin, de se jauger, au bon sens du terme. Le médecin doit notamment éviter de tomber dans des préjugés sur la capacité de compréhension du malade en fonction de son origine sociale, et dédaigner une explication vraie sous prétexte que le patient ne la comprendra pas.

Enfin, restons simple, nous médecins, adaptons notre discours, évitons de demander à une enfant de cinq ans si les boutons sur sa peau sont « prurigineux », et lorsqu’un hispanophone se plaint de sa « techitoure », n’allons pas examiner ses cordes vocales en pensant à un problème de « tessiture », le souci se situant….beaucoup plus bas et nécessitant non pas une laryngoscopie mais une échographie scrotale (inspiré de faits réels).

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 19:09

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 22:22

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 23:10

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 20:15

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 20:14

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 20:08

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 18:22

Charge émotionnelle de la maladie, répercussions dans la société.

 

 

Le service d’hématologie-oncologie pédiatrique comportait une chambre dans laquelle n’entrait qu’un seul des externes. Le chef du service la lui avait attribuée, avec la ferme recommandation d’y rester le plus possible, de vouer le maximum de son temps d’étudiant au petit occupant, et le dispensant des corvées habituellement dévolues aux externes. L’enfant malade qui y séjournait était passionné d’Egypte, son père lui avait promis un voyage après sa guérison. Et on voyait tous les matins le dévoué jeune étudiant y rentrer les bras chargés de livres, d’images, de jeux sur l’Antiquité, prenant sa tâche très à cœur, potassant consciencieusement son sujet chez lui afin de surprendre le lendemain le garçonnet avec d’envoûtantes histoires mythologiques, des rêves de pharaons, des fresques peuplées de créatures fantastiques mi hommes, mi faucons. Une fois il avait même fait ruisseler d’un panier des fleurs de lotus sur le lit de l’enfant dans de grands éclats de rire. 

 

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 Mais pourquoi la charge émotionnelle pour certaines maladies est-elle aussi prononcée? Pourquoi l’est-elle selon le type du malade (enfant, femme), pourquoi l’est-elle plus ou moins selon le type de la maladie? A quoi nous renvoie l’image d’un enfant malade ?

La maladie plonge dans le désarroi, elle est vécue comme injuste surtout si elle frappe un être innocent, comme est considéré l’enfant. L’adulte qui l’entoure se sent coupable, et souvent la culpabilité ressentie par les parents est renforcée par celle de la société qui a déjà du mal à intégrer des personnes malades, encore plus des enfants malades.

Ainsi la compassion sera plus vive vis à vis d’une mère de famille atteinte d’un cancer au sein par exemple, que vis à vis du grand-père de 75ans auquel on diagnostique un cancer avancé de sa prostate. Mais cet homme veut vivre aussi, a des projets, tient à son intégrité physique, redoute les traitements, autant que quiconque. Alors pourquoi ces différences de traitement dans notre société ?

Tout d’abord la maladie est un trouble-fête, elle  entraîne un trouble du fonctionnement social d’autant plus que la personne malade occupe dans la société un rang « utile ». Un chef d’entreprise malade sera considéré comme un fait catastrophique, un retraité malade, surtout s’il est âgé, entraînera moins de stupéfaction. De plus s’ajoute inconsciemment une notion de « mérite », la personne jeune ne l’a pas mérité, elle n’a pas encore tout vécu, n’a pas encore « fait sa vie » ; la personne âgée, ne contribuant plus à l’effort de la communauté, ne revêt plus autant de mérite aux yeux de notre société très axée sur le rendement et la productivité de chacun. La personne active assure son statut social par son rôle de soutien familial, de travailleur. La société l’exempte de ses responsabilités lorsqu’il est malade, et cet effort de compréhension est accordé par la communauté en fonction de son importance sociale. Le malade n’est plus un acteur collectif, la maladie l’isole, l’individualise et le pousse à retrouver des semblables qui peuvent partager avec lui son vécu, ses expériences, ses douleurs, mais en contrepartie, la société exigera de lui l’effort de guérir. La maladie devient une ressource identitaire pour le sujet atteint, surtout si l’idée de la mort est liée à la pathologie, cancéreuse par exemple, qui l’éloigne du reste de la société. Néanmoins la société juge la personne malade : la lutte contre le mal est valorisée, alors qu’au contraire un comportement d’abandon face à une maladie grave est souvent déconsidéré.

 

La femme a un statut à part, sa maladie est vécue dramatiquement, elle est le support familial qui risque de défaillir, elle est synonyme de donneuse de vie, avec la maladie, c’est la mort qui est entrevue ; ce sentiment collectif « d’injustice «  , de dire « elle n’a pas mérité ça » est encore plus important selon l’organe touché et notamment en matière de cancer du sein par exemple, où il apparaît que la charge émotionnelle que cette maladie comporte est parfois disproportionnée par rapport aux nombreuses avancées thérapeutiques,  et comparativement à d’autres formes de cancer bien moins favorables en termes de pronostic, mais ne rencontrant pas le même émoi. Le sein est associé à la générosité, la mère nourricière, il favorise la vie, il est un havre, un refuge, un giron rassurant, un instrument de séduction. Ce n’est pas concevable qu’il abrite soudain une chose rongeante, menaçante, rapprochant de l’idée de la mort, d’autant plus que cet organe est plus ou moins exposé, et visible.

Il faut dire que les campagnes de dépistages contribuent beaucoup à cette inégalité de traitement, en présentant le cancer comme un fléau social et en confirmant la représentation mortifère très ancrée dans l’imagination collective ; malgré les efforts des scientifiques et du corps médical la société n’intègre pas les progrès thérapeutiques qui devraient faire entrevoir cette maladie 

sous un autre jour. Malgré les grandes avancées des traitements, la maladie cancéreuse reste dans une représentation collective morbide très prononcée du fait de son caractère aléatoire. Justement le dépistage englobe tout individu pouvant être potentiellement frappé, et n’est pas capable d’attribuer un risque carcinogénétique propre à chacun des individus : tout un chacun peut être atteint.

Le degré de visibilité de la maladie  renforce ou empêche l’intégration du malade dans la communauté. Un cancer du poumon sera moins effrayant dans l’esprit de nombreuses personnes qu’un cancer de la peau ou du sein, correspondant à des organes visibles, qui nous renvoient directement la vision de la maladie, et la compassion suit le même cheminement. Ceci est parfois aggravé par la notion encore présente de « culpabilité », le malade atteint de cancer du poumon est blâmé, il «  l’a cherché » en fumant toute sa vie ; la société désapprouve certains comportements jugés déviants, et le malade atteint de MST aura bien du mal à faire pleurer dans les chaumières.

La société va ressentir, réagir , accompagner et donc intégrer le malade de façon très différente en fonction de la charge émotionnelle portée par de multiples facteurs, concernant la nature de la maladie mais aussi la nature du malade.

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Et l’histoire de l’enfant et de l’étudiant ?

Un beau jour les éclats de rire dans la chambre ont cessé parce qu’un grand sphinx invisible est venu enlever sa petite proie vers d’infinis déserts sans retour, malgré la sollicitude du patron, malgré le chagrin des parents, malgré la compassion des voisins, malgré tous les efforts de l’externe pour retenir son petit malade dans son monde peuplé de princesses splendides, de temples grandioses et de scarabées d’or.

Le temps est passé, l’étudiant est devenu médecin. 

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 22:15

Le médecin à travers les âges

 

 

Si vos pas vous mènent un jour à Beaune, vous visiterez l’Hôtel- Dieu, qui, outre sa toiture de tuiles multicolores en terre cuite émaillée, sa salle commune des « pôvres », son polyptique de l’artiste flamand Rogier van der Weyden du XVème siècle, comporte également une pittoresque apothicairerie. Le contenu des pots alignés sur les étagères de bois, datant de 1782, laisse pantois  : yeux d’écrevisses, poudre de cloportes, argile ocreuse, poudre d’ipécauanha, alcoolat thériacal, et là vous vous dites que, nom d’un alambic, on l’a échappé belle, surtout s’il fallait faire avaler  ce genre de produit à nos têtes blondes…

La période avant Hippocrate se caractérise par une médecine primitive  sacerdotale s’exerçant dans les temples (Egyptiens, Grecs, Hébreux, Romains), agrémentée de quelques notions empiriques(recettes contre morsures de serpents, contre les maladies des yeux). Dans l’Antiquité, le prêtre était aussi médecin, et officiait à l’aide de rituels pour appeler la guérison.

Hippocrate(460 avt JC) codifie les connaissances, créé l’humorisme (bile jaune, bile noire, sang, pituite) et invente le naturisme. Le médecin doit se garder de contrarier l’effort de la nature en intervenant. Ce n’est que si elle ne suffit pas à vaincre que le médecin doit aider, et favoriser l’élimination des humeurs (action des contraires), donc par des saignées, purgatifs, évacuants, pour éliminer les humeurs nuisibles. La diète était préconisée au maximum du mal, et l’alimentation dans la phase de déclin . Tout cela avait vraisemblablement l’effet d’affaiblir et d’achever plus efficacement le malade ; autrement dit, le médecin contribuait à la sélection naturelle des constitutions les plus résistantes…

Jusqu’au bas Moyen-Âge, la profession médicale a une auréole de terreur et de mystère, elle est assimilée au sacré. Globalement, le Moyen-Âge est caractérisé par la défiance de l’homme du peuple vis à vis du médecin. On ne se fait pas d’illusion sur l’efficacité de son traitement. On le raille, par exemple dans la mode de la danse macabre, dès 1442, ou le médecin est représenté côtoyant la mort, et c’est elle qui mène la danse, suivie d’autres personnes, le pape, même, en tête. De toute façon la mort est sans importance, puisque c’est la vie après la mort qui compte.

Toutefois,vers les XIIème/ XIII ème siècles on assiste, sur le pourtour méditerranéen, à une professionnalisation de la médecine, avec mise en place de collèges de praticiens, création de facultés et grandes écoles organisées en corporations, n’admettant parmi les professionnels que ceux détenant les titres universitaires ( en 1120 Bologne et Paris sont les premières universités), dont le savoir est positivement accueilli par la population lettrée. Des manuels médicaux de l’époque parlent de la nécessaire obéissance du patient, et de la confiance qu’il doit témoigner au médecin, que celui-ci doit inspirer (discours encore moderne), et codifient les relations malade-médecin par les « pactes de guérison » apparaissant au XII ème siècle. La guérison , dont dépend la rétribution du médecin, peut être toute relative, avec juste une amélioration d’un état maladif de départ. La responsabilité du médecin n’est pas dans une obligation de résultat, mais plutôt dans une fonction d’observation du malade avec une capacité de pronostiquer l’issue, ce qui pouvait être plus ou moins facile selon l’expérience et les pathologies courantes de l’époque (lèpre, peste, variole). Le médecin, incapable de soigner véritablement ces fléaux, s’attache plus à prendre en charge l’individu globalement, en se basant sur sa complexion et en prescrivant régimes et clystères (lavements), toujours en faisant appel à l’autorité d’Hippocrate, Galien, Avicenne, Averoés etc, pour légitimer et renforcer ainsi sa fonction. Et puis après, on invoque la volonté divine , selon laquelle l’épidémie évolue, car en effet, le Très-Haut a créé la médecine dans sa grande générosité, mais lui seul guérit le mal, et ce subterfuge garantit au praticien un pouvoir de conviction auprès de la « patientèle » illettrée et ignorante. Mentionnons encore que l’époque donne naissance aux premiers « hôpitaux », et que l’on voit fleurir les Hôtel-Dieu et les hôpitaux dits de Charité.

Au XVIème siècle, le médecin jouit d’un statut supérieur à celui du chirurgien ou du barbier. On combat encore les maladies par des méthodes entre remèdes populaires de bonne renommée et recherches alchimistes. La syphilis par exemple se traite par le vif argent (mercure),  du bois de gayac, de la salsepareille ….La médecine se définit encore comme la pratique de la philosophie naturelle sur le corps humain en se référant à Hippocrate, et Rabelais, médecin et humaniste, est une figure phare de l’époque. Le médecin est en butte à des attaques acerbes et poèmes satiriques à l’instar de la « Nef des Fous » de Sébastien Brant (La Nef des Folz, 1498). La simple raillerie devient attaque haineuse, d’autant plus que l’espoir en le pouvoir du médecin est profond. La médecine fait néanmoins beaucoup de progrès, on remet en question les connaissances anatomiques et physiologiques admises jusque là, il existe une soif de connaissances , les dissections, quoiqu’encore rarement, sont permises, mais, de tous ces progrès dans les connaissances, la masse paysanne profite peu.

Sous Molière , la médecine rentre dans les mœurs, la vie devient le bien le plus précieux de l’homme , une fin en soi. La pensée du malade ne va pas vers la mort mais vers le médecin qui accompagne l’homme. La spécialisation croissante entraîne une nouvelle hiérarchie sociale dont le médecin et l’apothicaire occupent le sommet. A cette époque les maux de l’homme provenaient ou du ventre ou de la tête.  L’opération « de la pierre » où l’on incisait la région de la mastoïde et extrayait des cailloux était très à la mode. En témoignent les tableaux de Jean Steen (« les pierres de tête » au XVIIème siècle) ou la gravure  de Breughel montrant « l’extraction de la pierre de folie«  (XVIème siècle), l’extraction étant une sorte de jonglerie, car les médecins savaient déjà que beaucoup de névropathes ou déséquilibrés dépeignent d’étranges douleurs céphaliques, et ainsi quelques peu scrupuleux médicastres abusaient de la crédulité des malades par une habile mise en scène. D’un autre point de vue, ces médecins apportaient vraisemblablement  un soulagement réel, par une sorte d’effet placebo. On trouvait dans le jargon et les explications des médecins un mariage intime de la morale et de la médecine , par exemple les vices de l’incontinence qui « corrompent l’âme », « compromettent le salut », comme un avant-goût des châtiments de l’au-delà. Au fur et à mesure que la science médicale avance, trouve des relations dans le monde des maux, leurs causes et leurs remèdes, le  sentiment populaire de l’injustice universelle trouvait de nouvelles raisons de moquerie et de haine. L’issue de comportements amoraux est la maladie ; parallèlement Molière met en lumière la morgue du médecin, son jargon, destinés à impressionner le malade par l’apparence, quand il est incapable de compter sur les résultats réels de ses traitements.

Au XVIII ème siècle, l’art de guérir et de prolonger la vie se transforme en une science, avec ses aléas et ses incertitudes. Et l’évolution de la science se révèle à l’homme dans ce qui le touche le plus directement : la médecine. Elle fait de grands progrès, les hommes n’ont plus peur des épidémies, qui ne s’accompagnent plus de terreur mais sont considérées de sang-froid. La maladie n’est plus un fléau envoyé de Dieu, fait relevant de la religion , mais une simple calamité physiologique. Elle perd son prestige auréolé de superstition et retombe au rang des viles choses méprisables dont s’occupent médecins et physiologistes avec des succès affirmés (Scarpa et ses découvertes anatomiques, Jenner qui procède à la première vaccination, Daviel qui effectuera l’opération de la cataracte par extraction du cristallin, Laënnec et sa méthode de l’auscultation, Lavoisier et sa théorie sur la respiration ..). La médecine est admirée, elle réunit la fascination de la science, de l’art, du roman-feuilleton. On éprouve du plaisir à se soigner et l’intérêt de la médecine va croissant. Qui, jusqu’à nos jours, ignore encore la signification des mots « microbe », » tumeur », « vitamines » ?

Du XIXème siècle à nos jours, la figure du médecin devient une image fascinante dans l’imaginaire collectif, de par sa « maîtrise » des secrets de la vie, son pouvoir sur les vicissitudes du corps, mais aussi en raison de l’ambiguïté du statut de la médecine en tant que science, mais science tangible, reliée étroitement à l’homme. Par ailleurs, on notera que le médecin du XIXème siècle n’est pas seulement homme de science, mais aussi  homme de pensées, un humaniste, à l’instar de Claude-Bernard (« leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux », 1878), ou de Cabanis (« rapport du moral et du physique de l’homme », 1802).  Il existe un respect de la personne omnisciente, dont on peut affirmer, sans caricaturer, sa mise à mal de nos jours. L’accessibilité de l’information médicale sur le net et sa vulgarisation dans la presse écrite y sont certainement pour beaucoup, concommittemment avec la dégradation générale des valeurs du savoir, dont l’étude des causes pourrait constituer un bon sujet d’exploration…L’homme d’aujourd’hui veut , et même prétend savoir autant que le professionnel, parce que la facilité d’accès à l’information et la délivrance parcellaire d’icelle lui donnent l’impression que la médecine est chose peu complexe, d’autant que le praticien d’aujourd’hui est aidé par une technicité grandissante. Les revendications vis à vis du médecin, d’être traité et guéri, d’être informé (lois Kouchner sur l’accès au dossier médical), vont croissant, avec leurs dérives, où l’erreur médicale inhérente à l’état humain du médecin est très vite requalifiée en « faute médicale », nourrissant l’appétit des médias, pour jeter l’opprobre sur une profession jugée trop puissante et trop nantie.

En comparaison avec les époques passées, pourtant, on s’aperçoit aisément que les pathologies codifiées étaient moins complexes du fait d’une moindre technicité de diagnostic, une lésion qu’on croyait bénigne était tout simplement « devenue » maligne. Actuellement on sait d’emblée que la tumeur maligne qualifiée de bénigne aura été tout bonnement « ratée », la complexité des techniques médicales revendiquées pour connaître avec certitude l’affection ne laisse pas de place au doute, le médecin ne pourra plus dissimuler ou inventer une explication. Ce problème de la responsabilité médicale de plus en plus pesante intervient durement sur la confiance entre médecin et patient.

Le patient contemporain, humblement, devrait considérer son privilège d’être soigné et pris en charge dans nos temps modernes, par rapport à des situations d’époques antérieures, où les investigations et les traitements étaient inopérants pour des affections aussi graves que le cancer, par exemple, il y a seulement 20 ans en arrière. A quoi bon , réellement, regretter un temps où le médecin était plus disponible, certes, mais bien moins efficace ? Que veut-on, que revendique la société moderne ? Un médecin qui vous tienne la main et vous écoute des heures durant, comme nos grand-parents le connurent, possédant une grande disponibilité de temps, ou bien un praticien efficace, moins disponible du fait de la pénurie médicale actuelle, mais, comme nos jeunes confrères actuels, allant droit au but, travaillant effectivement plus, davantage au fait des nouvelles techniques, renseigné sur les thérapeutiques les plus récentes, formé dans des congrès, ayant une vision moderne de la prise en charge de la pathologie ?

Ou préférez-vous vraiment, patients, voir administrer un enfumage iodé pour le traitement de l’otite à votre enfant, ou bien absorber de l’arséniate de soude, du souffre colloïdal, du iodure de lithine et du mésothorium pour votre rhumatisme, le tout agrémenté de baume de Fioravanti en enveloppement local et de clystères matin et soir?(Larousse Médical, 1924)

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 15:41
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